Il y avait trois ans qu’à la suite d’une chute de cheval qui le mit sur le lit six semaines, le comte de Trémorel avait mesuré la profondeur du gouffre où il courait.
Alors, il pouvait encore se sauver. Mais quoi! il lui eût fallu changer son genre de vie, réformer sa maison, apprendre qu’il faut vingt pièces d’un franc pour faire un louis! Fi, jamais!
Il lui parut que, donner un louis de moins par mois à sa maîtresse en titre, ce serait rogner d’un centimètre le piédestal que lui avaient élevé ses contemporains. Plutôt mourir!
Et après mûres réflexions, il se dit qu’il irait jusqu’au bout. Ses aïeux ne mouraient-ils pas tout d’une pièce? Le mauvais quart d’heure venu, il s’enfuirait à l’autre bout de la France, démarquerait son linge et se ferait sauter la cervelle au coin de quelque bois.
L’échéance fatale était arrivée.
C’est qu’à force de contracter des obligations, de signer des lettres de change, de renouveler des billets, de payer des intérêts et les intérêts des intérêts, de donner des commissions et des pots de vin, d’emprunter toujours et de ne jamais rendre, Hector avait dévoré le patrimoine princier—près de quatre millions en terres—recueilli à la mort de son père.
L’hiver qui venait de s’écouler lui avait coûté cinquante mille écus. Il y avait huit jours qu’ayant tenté un dernier emprunt de cent mille francs, il avait échoué.
On l’avait refusé, non que ses propriétés ne valussent plus qu’il ne devait, mais les prêteurs sont prudents et ils savent l’incroyable dépréciation des biens vendus aux enchères.
C’est pourquoi le valet de chambre du comte de Trémorel, entrant et disant: «Monsieur, c’est l’huissier», semblait en réalité quelque spectre de commandeur criant: «Au pistolet, maintenant.»
Il prit crânement l’avertissement et se leva en murmurant: