—Allons, c’est fini.

Il était fort calme et plein d’un beau sang-froid, bien qu’un peu étourdi. Mais le vertige est assez excusable, lorsque, sans transition, on passe de tout à rien.

Sa conviction étant qu’il faisait sa dernière toilette, il ne voulait pas qu’elle fût inférieure à ses toilettes de tous les jours. Parbleu! C’est en grande tenue de cour que la noblesse française allait au combat.

En moins d’une heure, il fut prêt. Il passa, comme d’ordinaire, sa chaîne de montre à coulants de brillants dans la boutonnière de son gilet, puis il glissa dans la poche de côté de son léger pardessus une paire de mignons pistolets à deux coups, à crosse d’ivoire, chef-d’œuvre de Brigt, l’artiste armurier anglais.

Alors, il renvoya son domestique, et ouvrant son secrétaire il inventoria ses suprêmes ressources.

Il lui restait dix mille et quelques cents francs.

Avec cette somme, il pouvait entreprendre un voyage, prolonger son existence de deux ou trois mois, mais il repoussa avec horreur la pensée—indigne de son beau caractère—d’un misérable subterfuge, d’un sursis déguisé, d’un recours en grâce.

Il songea, au contraire, que ces dix billets de mille francs allaient lui permettre une somptueuse largesse dont il serait parlé dans le monde.

Il se dit qu’il serait chevaleresque d’aller demander à déjeuner à sa maîtresse et de lui faire cadeau de cet argent au dessert. Pendant le déjeuner, il serait étourdissant de verve, de gaieté, de scepticisme railleur, puis, à la fin, il annoncerait son suicide.

Cette fille ne manquerait pas d’aller partout raconter la scène; elle répéterait sa dernière conversation—son testament politique—et le soir on en causerait dans tous les cafés, il en serait question dans tous les journaux. Cette idée, ces perspectives d’éclat le réjouirent singulièrement et le réconfortèrent tout à fait. Il allait sortir, lorsque son regard tomba sur l’amas de paperasses que contenait son secrétaire. Peut-être s’y trouvait-il un écrit oublié capable de ternir la pureté d’acier de sa mémoire.