Vivement il vida les tiroirs dans la cheminée sans regarder, sans choisir, et il mit le feu à cette masse de papiers.

C’est avec un sentiment d’orgueil bien légitime qu’il regardait s’enflammer tous ces chiffons, lettres d’amour ou lettres d’affaires, doubles obligations, titres de noblesse ou de propriété. N’était-ce pas son passé éblouissant qui flambait à mettre le feu dans la cheminée!

Le dernier chiffon était consumé, il songea à l’huissier et descendit.

Cet officier ministériel dans l’exercice de ses fonctions, n’était autre que M. Z..., huissier audiencier, le mieux mis et le plus poli des huissiers, homme de goût et d’esprit, ami des artistes, poète lui-même, à ses heures.

Il avait déjà saisi dans les écuries huit chevaux, avec leurs harnachements, selles, brides, mors, couvertes; et dans la remise, cinq voitures avec leurs apparaux, coussins doubles, capotes mobiles, timons de rechange, lorsqu’il aperçut dans la cour le comte Hector.

—Je procédais fort lentement, monsieur le comte, lui dit-il, après l’avoir salué, peut-être désirez-vous arrêter les poursuites. La somme est importante, il est vrai, mais dans votre position...

—Sachez, monsieur, répondit superbement M. de Trémorel, que si vous êtes ici c’est que cela me convient. Mon hôtel ne me plaît plus, je n’y remettrai jamais les pieds, ainsi vous êtes le maître; allez.

Et pirouettant sur ses talons, il s’éloigna.

Et Me Z... bien désillusionné se remit à l’œuvre. Il allait de pièce en pièce, admirant et saisissant. Il décrivait les coupes de vermeil gagnées aux courses, les collections de pipes, les trophées d’armes. Il saisit la bibliothèque, un meuble splendide, et tous les volumes qu’elle contenait: un Manuel d’hippiatrique, La Chasse et la pêche, Les Mémoires de Casanova, Le Duel et les duellistes, Thérèse, La Chasse au chien d’arrêt...

Pendant ce temps, le comte de Trémorel plus que jamais résolu au suicide, remontait le boulevard, se rendant chez sa maîtresse, qui occupait près de la Madeleine un petit appartement de six mille francs.