Il ne voulait pas absolument d’abord. Mais à force de prières et surtout de menaces, elle le décida, et elle ne descendit qu’après qu’il lui eut juré qu’il écrirait, le soir même une lettre d’excuses à M. Courtois. Il tint sa parole, mais il finissait par être excédé de cette tyrannie. Il était las d’immoler sans cesse sa volonté, de sacrifier sa liberté à ce point qu’il ne pouvait rien projeter, rien dire, rien promettre, avant d’avoir consulté l’œil clair de cette femme jalouse qui ne permettait pas qu’il s’écartât du cercle de ses jupons.
De plus en plus, la chaîne devenait lourde et le meurtrissait, et il commençait à comprendre qu’elle ne se délierait pas seule, à la longue, mais que tôt ou tard il lui faudrait la briser.
Il n’avait jamais aimé Berthe, ni Fancy, ni personne probablement, et il aimait la fille du maire d’Orcival.
Le million qui devait former sa couronne de mariée avait commencé par l’éblouir, mais peu à peu il avait subi le charme pénétrant qui s’exhalait de la personne de Laurence. Il était séduit, lui, le viveur blasé, par tant de grâces, tant d’innocence naïve, par tant de candeur et de beauté. Si bien qu’il eût épousé Laurence pauvre, comme Sauvresy avait épousé Berthe.
Mais cette Berthe, il la redoutait trop pour la braver ainsi tout à coup, et il se résigna à attendre encore, à ruser. Dès le demain de la scène au sujet de Fontainebleau, il se déclara souffrant, attribuant son malaise au manque d’exercice, et tous les jours il monta à cheval deux ou trois heures. Il n’allait pas bien loin; il allait jusque chez M. Courtois.
Berthe, tout d’abord, n’avait rien vu de suspect à ces promenades du comte de Trémorel. Il sortait à cheval et cela la rassurait, comme certains maris qui se croient à l’abri de tout malheur parce que leur femme ne se promène qu’en voiture.
Mais après quelques jours, l’examinant mieux, elle crut découvrir en lui une certaine satisfaction intime qu’il s’efforçait de voiler sous une contenance fatiguée. Il avait beau faire, il se dégageait de toute sa personne comme un rayonnement de bonheur.
Elle eut des doutes, et ils grandirent à chaque sortie nouvelle. Les plus tristes conjectures l’agitaient tant qu’Hector était absent. Où allait-il? Probablement rendre visite à cette Laurence qu’elle redoutait et détestait.
Ses pressentiments de maîtresse jalouse ne la trompaient pas, elle le vit bien.
Un soir, Hector reparut, portant à sa boutonnière une branche de bruyère que Laurence elle-même y avait passée et qu’il avait oublié de retirer.