Berthe prit doucement cette fleur, l’examina, la flaira, et se contraignant à sourire alors qu’elle endurait les plus cruels déchirements de la jalousie:

—Voici, dit-elle, une charmante variété de bruyère.

—C’est ce qu’il m’a semblé, répondit Hector d’un ton dégagé, bien que je ne m’y connaisse pas.

—Y a-t-il de l’indiscrétion à vous demander qui vous l’a donnée?

—Aucune. C’est un cadeau de notre cher juge de paix, le père Plantat.

Tout Orcival savait parfaitement que, de sa vie, le juge de paix, ce vieil horticulteur maniaque, n’avait donné une fleur à qui que ce fût, sauf à Mlle Courtois. La défaite était malheureuse, et Berthe ne pouvait en être dupe.

—Vous m’aviez promis, Hector, commença-t-elle de cesser de voir Mlle Courtois, de renoncer à ce mariage.

Il essaya de répondre.

—Laissez-moi parler, fit-elle, vous vous expliquerez après. Vous avez manqué à votre parole, vous vous êtes joué de ma confiance, je suis folle de m’en étonner. Seulement, aujourd’hui, après mûres réflexions, je viens vous dire que vous n’épouserez pas Mlle Courtois.

Aussitôt, sans attendre sa réplique, elle entama l’éternelle litanie des femmes séduites ou qui prétendent l’avoir été. Pourquoi était-il venu? Elle était heureuse dans son ménage, avant de le connaître. Elle n’aimait pas Sauvresy, il est vrai, mais elle l’estimait, il était bon pour elle. Ignorant les félicités divines de la passion vraie, elle ne les désirait pas. Mais il s’était montré et elle n’avait pas su résister à la fascination. Pourquoi avait-il abusé de ce qu’irrésistiblement elle se sentit entraînée vers lui. Et maintenant, après l’avoir perdue, il prétendait se retirer, en épouser une autre, lui laissant pour souvenir de son passage, la honte et le remords d’une faute abominable.