Trémorel l’écoutait, abasourdi de son audace. C’était à n’y pas croire! quoi! elle osait prétendre que c’était lui qui avait abusé de son inexpérience, quand, au contraire, la connaissant mieux, il avait été parfois épouvanté de sa perversité. Telle était la profondeur de la corruption qu’il découvrait en elle, qu’il se demandait s’il était son premier amant ou le vingtième.

Mais elle l’avait si bien poussé à bout, elle lui avait si rudement fait sentir son implacable volonté, qu’il était décidé à tout plutôt que de subir davantage ce despotisme. Il s’était promis qu’à la première occasion il résisterait. Il résista.

—Eh bien, oui, déclara-t-il nettement, je vous trompais, je n’ai pas d’avenir, ce mariage m’en assure un, je me marie.

Et il reprit tous ses raisonnements passés jurant que moins que jamais il aimait Laurence, mais que de plus en plus il convoitait l’argent.

—La preuve, continuait-il, c’est que si demain vous me trouviez une femme ayant douze cent mille francs au lieu d’un million, je l’épouserais préférablement à Mlle Courtois.

Jamais elle ne lui aurait cru tant de courage. Il y avait si longtemps qu’elle le pétrissait comme la cire molle, que cette résistance inattendue la déconcerta. Elle était indignée, mais en même temps elle éprouvait cette satisfaction malsaine qui délecte certaines femmes lorsqu’elles rencontrent un maître qui les bat, et son amour pour Trémorel, qui allait faiblissant, reprenait une nouvelle énergie. Puis il avait trouvé cette fois des accents pour la convaincre. Elle le méprisait assez pour le supposer très capable de se marier uniquement pour de l’argent.

Quand il eut terminé:

—C’est donc bien vrai, lui dit-elle, vous ne tenez qu’au million?

—Je vous l’ai juré cent fois.

—Vous n’aimez vraiment pas Laurence?