Puis, sous prétexte qu’il lui fallait des distractions, il recevait tous les gens d’Orcival qui le venaient voir, et quand par hasard il n’avait pas de visiteur, vite il envoyait chercher quelqu’un, assurant que seul il ne pouvait s’empêcher de songer à son mal, souffrant par là même bien davantage.
De ce qu’il faisait, de ce qu’il tramait, pas un mot, et Berthe, réduite aux conjectures, était dévorée d’anxiété.
Souvent, lorsqu’un homme d’affaires était resté avec son mari plusieurs heures, elle le guettait à sa sortie, et se faisant aussi aimable, aussi séduisante que possible, elle mettait en œuvre toute sa finesse pour obtenir quelque renseignement qui l’éclairât.
Mais nul de ceux auxquels elle s’adressait ne pouvait ou ne voulait rassurer sa curiosité. Ils n’avaient tous que des réponses vagues, soit que Sauvresy leur eût recommandé la discrétion, soit qu’ils n’eussent rien à dire.
Personne, d’ailleurs, n’entendit Sauvresy se plaindre. Ses conversations roulaient d’habitude sur Berthe et sur Hector. Il voulait que tout le monde sût bien leur dévouement. Il ne les appelait que ses «anges gardiens», bénissant le ciel de lui avoir donné une telle femme et un tel ami.
Avec tout cela, si grave était son état que l’optimisme de Trémorel commençait à désespérer. Ses alarmes étaient vives. Quelle situation lui ferait la mort probable de son ami? Berthe, veuve, deviendrait implacable, elle serait libre de tout oser, et que n’oserait-elle pas?
Il se promit qu’à la première occasion il s’efforcerait de démêler les sentiments exacts de Mme Sauvresy. Elle vint d’elle même au-devant de ses intentions.
C’était dans l’après-midi, le père Plantat était près du malade, ils avaient la certitude de n’être ni écoutés, ni interrompus.
—Il me faut un conseil, Hector, commença Berthe, et seul vous pouvez me le donner. Comment savoir, si, dans ces derniers jours, Clément n’a pas changé ses dispositions à mon égard?
—Ses dispositions?