Berthe lui secoua rudement le bras, sa misérable lâcheté l’indignait.
—Vous avez peur, lui disait-elle, vous tremblez! Perdu! Vous ne prononceriez pas ce mot, si vous m’aimiez autant que je vous aime. Serez-vous perdu parce que je serai votre femme, parce qu’enfin nous nous aimerons librement, à la face de toute la terre. Perdu! Mais vous n’avez donc pas idée de ce que j’ai enduré? Vous ne savez donc pas que je suis lasse de souffrir, lasse de craindre, lasse de feindre!
—Un si grand crime!
Elle eut un éclat de rire qui le fit frissonner.
—Il fallait, reprit-elle avec un regard écrasant de mépris, faire vos réflexions le jour où vous m’avez prise à Sauvresy, le jour où vous avez volé la femme de cet ami qui vous avait sauvé la vie. Pensez-vous que ce crime soit moins grand, moins affreux? Vous saviez, comme moi, tout ce qu’il y avait pour moi d’amour au fond du cœur de mon mari, vous saviez qu’entre mourir et me perdre de cette façon, s’il lui eût fallu choisir, il n’eût pas hésité.
—Mais il ne sait rien, balbutiait Hector, il ne se doute de rien.
—Vous vous trompez, Sauvresy sait tout.
—C’est impossible.
—Tout, vous dis-je, et cela depuis le jour où il est revenu si tard de la chasse. Vous souvient-il qu’observant son regard, je vous ai dit: «Hector, mon mari, se doute de quelque chose!» Vous avez haussé les épaules. Vous rappelez-vous les pas dans le vestibule, le soir où j’étais allée vous rejoindre dans votre chambre? Il nous avait épiés. Enfin, voulez-vous une preuve plus forte, plus décisive? Examinez cette lettre que j’ai retrouvée froissée, mouillée, dans la poche d’un de ses vêtements.
En parlant ainsi, elle mettait sous ses yeux la lettre arrachée à miss Jenny Fancy, et il la reconnaissait bien.