Elle se trouvait actuellement, supposait-il, dans une de ces crises qui ne souffrent ni le libre arbitre, ni l’exercice de la raison.

Plus tard, elle réfléchirait, et alors elle serait arrêtée par la seule probabilité de dangers dont la certitude, en ce moment, ne l’effrayait aucunement.

Il ne voulait d’elle pour femme à aucun prix, jamais.

Il l’eût détestée riche à millions, il la haïssait pauvre, ruinée, réduite à ses propres moyens. Et elle pouvait être ruinée, elle devait l’être, si on admettait que Sauvresy fût instruit de tout.

Attendre ne l’inquiétait pas. Il se savait assez aimé de Laurence pour être sûr qu’elle l’attendrait un an, trois ans s’il le fallait.

Déjà, il exerçait sur elle un empire d’autant plus absolu qu’elle ne cherchait ni à combattre, ni à repousser cette pensée d’Hector qui doucement l’envahissait, pénétrait tout son être, remplissait son cœur et son intelligence.

Hector, en y appliquant tout l’effort de sa réflexion, se disait que peut-être, dans l’intérêt de sa passion, autant valait que Berthe agît comme elle le faisait.

Il s’efforçait de dompter les révoltes de sa conscience, en se prouvant qu’en somme il n’était pas coupable.

De qui venait l’idée? D’elle. Qui l’exécutait? Elle seule. On ne pouvait lui reprocher qu’une complicité morale et involontaire, forcée, imposée en quelque sorte par le soin de sa défense légitime.

Parfois, pourtant, d’amères répugnances lui montaient à la gorge. Il eût compris un meurtre soudain, violent, rapide. Il se fût expliqué le coup de couteau ou le coup de poignard. Mais cette mort lente, versée goutte à goutte, édulcorée de tendresses, voilée sous des baisers, lui paraissait particulièrement hideuse.