C’était Louis, le jardinier, qui venait rendre compte à son maître de dégâts tout à fait extraordinaires commis dans le jardin. Le gazon avait été abîmé, piétiné, saccagé.

Il apportait en même temps des objets singuliers, laissés par les malfaiteurs sur la pelouse, et qu’il avait ramassés. Ces objets M. Lecoq les reconnut du premier coup d’œil.

—Ciel! s’écria-t-il, je m’oubliais. Je suis là qui cause tranquillement à visage découvert, comme si nous n’étions pas en plein jour, comme si quelque indiscret ne pouvait pas entrer d’un moment à l’autre!

Et s’adressant à Louis, fort surpris de retrouver là ce jeune homme brun qu’il n’y avait pas vu entrer la veille:

—Donne, mon garçon, lui dit-il, donne-moi ces accessoires de toilette qui m’appartiennent.

Puis, en un tournemain, pendant que le maître de la maison était allé donner quelques ordres, il rajusta sa physionomie de la veille. Si bien que le père Plantat, en rentrant, n’en pouvait croire ses yeux; il voyait là, près de la cheminée, son Lecoq, à l’air bénin, de l’instruction. C’étaient bien les mêmes cheveux plats, ces favoris d’un blond fauve, ce sourire idiot; il jouait avec sa même bonbonnière à portrait.

Le déjeuner était servi et le vieux juge venait de prévenir ses hôtes. Silencieux comme le dîner de la veille, ce repas dura peu. Les convives sentaient le prix des minutes. M. Domini les attendait à Corbeil, et, sans doute, il commençait à s’impatienter de leur retard.

Louis venait de poser sur la table une magnifique corbeille de fruits, lorsque M. Lecoq pensa au rebouteux.

—Le misérable, dit-il, a peut-être besoin de quelque chose.

Le père Plantat voulait envoyer son domestique chercher maître Robelot, l’agent de la Sûreté s’y opposa.