La présence du docteur Gendron n’était plus nécessaire; il promit au père Plantat qu’il le rejoindrait, et sortit pour aller s’informer de l’état de M. Courtois.
Cependant, Louis n’avait pas tardé à reparaître, suivi non pas d’un homme de bonne volonté, mais de dix. On plaça sur le brancard le corps de Robelot et le funèbre cortège se mit en route.
C’est tout en bas de la côte, à droite du pont de fil de fer que demeurait le rebouteux d’Orcival. Il occupait seule une petite maison composée de trois pièces, dont une lui servait de boutique, et était encombrée de paquets de plantes, d’herbes sèches, de graines et de cent autres articles de son commerce d’herboristerie. Il couchait dans la pièce du fond, mieux meublée que ne le sont d’ordinaire les chambres à coucher de campagne.
Les porteurs déposèrent sur le lit leur triste fardeau.
Ils auraient été fort embarrassés, sans doute, si parmi eux ne s’était trouvé le tambour de ville, qui est en même temps fossoyeur d’Orcival. Cet homme, expert en tout ce qui concerne les funérailles, donna toutes les indications pour la dernière toilette. Lui-même, d’une main habile et prompte, disposait les matelas selon le rite, pliant les draps et les bordant ainsi qu’on a coutume de le faire. Pendant ce temps, le père Plantat visitait tous les meubles dont on avait pris les clés dans les poches du suicidé.
Les valeurs trouvées en possession de cet homme qui, deux ans plus tôt, vivait au jour le jour et ne possédait pas un sou vaillant, devaient être contre lui un témoignage accablant et ajouter une preuve aux preuves, moralement indiscutables, mais non évidentes pourtant de sa complicité. Mais le vieux juge de paix avait beau chercher, il ne rencontrait rien qu’il ne connût déjà.
C’étaient les titres de propriété du pré Morin, des champs de Frapesle et des pièces de terre Peyron. À ces titres étaient jointes deux obligations, une de cent cinquante francs et l’autre de huit cent vingt francs, souscrites au profit du sieur Robelot par deux habitants de la commune.
Le père Plantat dissimulait mal son désappointement.
—Pas de valeurs, fit-il à l’oreille de M. Lecoq, comprenez-vous cela?
—Très bien, répondit l’agent de la Sûreté. C’était un rusé gaillard, ce Robelot, assez prudent pour cacher sa fortune subite, assez patient pour paraître mettre des années à s’enrichir. Vous n’apercevrez, monsieur, dans son secrétaire que les valeurs qu’il croyait pouvoir avouer sans danger. Pour combien y en a-t-il là?