—Cela étant, reprit-il, on a dû pouvoir vous dire de quels objets le prévenu était venu faire l’acquisition?

—Les commis se le rappelaient, en effet, on ne peut mieux. Il a acheté d’abord un marteau, un ciseau à froid, et une lime.

—Je savais bien! exclama le juge d’instruction. Et après?

—Ensuite, monsieur...

Ici, l’homme aux moustaches en brosse jaloux de frapper l’imagination de ses auditeurs, crut devoir rouler des yeux terribles et prendre une voix sinistre:

—... Ensuite, il a acheté un couteau poignard.

Le juge d’instruction ne se sentait pas d’aise, il battait M. Lecoq sur son terrain, il triomphait.

—Eh bien! demanda-t-il de son ton le plus ironique à l’agent de la Sûreté, que pensez-vous maintenant de votre client? Que dites-vous de cet honnête et digne garçon qui, le soir même du crime, renonce à une noce où il se serait amusé, pour s’en aller acheter un marteau, un ciseau, un poignard, tous les instruments, en un mot, indispensables pour l’effraction et le meurtre.

Le docteur Gendron paraissait quelque peu déconcerté de ces incidents qui tout à coup se produisaient, mais un fin sourire errait sur les lèvres du père Plantat.

Pour M. Lecoq, il avait la mine impayable d’un homme supérieur scarifié d’objections qu’il sait devoir d’un mot réduire à néant, résigné à voir gaspiller en partages oiseux, un temps qu’il mettrait utilement à profit.