L’excellent maire pâlit légèrement.
—Ma femme! s’écria-t-il sérieusement inquiet, que veux-tu dire? explique-toi donc.
—Eh bien, voilà, continua Baptiste, de l’air le plus tranquille du monde. Le facteur arrive tout l’heure, avec le courrier. Bon! Je porte les lettres à Madame qui était dans le petit salon. À peine avais-je tourné les talons, que j’entends un grand cri, et comme le bruit d’une personne qui tombe à terre de son haut.
Baptiste s’exprimait lentement, mettant, on le sentait, un art infini à augmenter les angoisses de son maître.
—Mais parle donc! disait le maire exaspéré, parle, va donc!
—Naturellement, poursuivit le drôle sans se hâter, je rouvre la porte du petit salon. Qu’est-ce que je vois? Madame étendue à terre. Comme de juste, j’appelle au secours, la femme de chambre arrive, la cuisinière, les autres, et nous portons Madame sur son lit. Il paraît, m’a dit Justine, que c’est une lettre de Mlle Laurence qui a mis Madame dans cet état...
Le domestique qu’on ne gronde jamais était à battre. À chaque mot, il s’arrêtait, hésitait, cherchait; ses yeux, démentant sa figure contrite, trahissaient l’extrême satisfaction qu’il ressentait d’un malheur survenu à son maître.
Ce maître, hélas! était consterné. Ainsi qu’il nous arrive à tous, quand nous ne savons au juste quel malheur va nous atteindre, il tremblait d’interroger. Il restait là, anéanti, ne bougeant; se lamentant au lieu de courir.
Le père Plantat profita de ce temps d’arrêt pour questionner le domestique, et avec un tel regard que le drôle n’osa pas tergiverser.
—Comment, demanda-t-il, une lettre de Mlle Laurence, elle n’est donc pas ici?