Max était au comble de la joie.

Louise le remercia d’un gracieux sourire.

Désormais, chaque matin, sur sa fenêtre, elle trouvait un bouquet semblable. Puis un matin, en changeant les fleurs, elle laissa tomber celles du vase, Max les ramassa avec empressement et s’enfuit, plus joyeux qu’un fiancé de village avec un gros baiser.

Désormais Louise aimait le vicomte, toutes ses craintes avaient disparu, elle se laissait aller sur cette douce pente, trouvant la vie plus facile, sans se demander jamais où la conduirait cet amour.

Un jour enfin, Max osa lui écrire.

Avec cette lettre, bien respectueuse cependant, toutes les craintes de la jeune fille reparurent. Une idée, terrible pour elle, surgissait sans cesse dans son esprit: serait-elle jamais la maîtresse de Max?

Alors, elle se faisait une hideuse peinture de ce que la débauche offre de plus répugnant. Les pauvres filles qui n’ont ni père ni mère, ni parents ni amis pour les protéger et les défendre, sont obligées de connaître le danger pour pouvoir le combattre; pour elles, l’on n’a pas écarté tout ce qui pourrait ternir la virginité de leurs pensées, le vice grouille autour d’elles; effronté, cynique, ne respectant rien, ni jeunesse ni beauté, elles le coudoient tous les jours et savent au juste quel est le sort qui les attend un jour si elles succombent; les exemples sont là, sous leurs yeux.

Voilà pourquoi Louise était si fort épouvantée et pourquoi la lettre de Max lui ouvrit son propre cœur qu’elle n’avait osé jusque-là interroger.

Elle voulait fuir, quitter l’hôtel de Tressang...

Elle resta pourtant, mais se jurant bien de combattre cet amour, d’éviter Max, de fuir jusqu’à son regard, et certes, en se faisant cette promesse, elle était de bonne foi.