Henriette, majeure et fille de tête, tenait les clefs du coffre-fort; c’était elle qui défrayait le train princier de la maison, tenant compte des recettes et des dépenses avec autant d’exactitude qu’un procureur, rognant sur les mémoires, mais jetant l’or au moindre de ses caprices, fournissant à ceux de la marquise.

Elle ne réclamait en échange de ses largesses qu’indulgence pour toutes ses fantaisies, amitié et surtout obéissance aveugle.

Faute de quoi, elle l’avait nettement expliqué à la vieille marquise, elle se mariait, se séparait d’elle, sans lui faire la plus légère pension, ne lui laissant pour vivre que les maigres restes du patrimoine des Chevonceux.

C’était là l’épouvantail de la marquise, la source où elle puisait son affection.

Un matin, Henriette se présenta chez sa mère, il était neuf heures à peine; la marquise, qui avait passé une partie de la nuit à jouer au wisth avec Mgr l’archevêque d’Araria, dormait encore d’un profond sommeil.

Sa fille l’éveilla brusquement.

—Ma mère, je voudrais vous parler de suite, s’il est possible. La marquise, terriblement contrariée, se souleva légèrement sur ses coussins.

—Est-il bien nécessaire que ce soit de suite?

—De suite, ma mère.

—Alors, je vous écoute; cependant je ne vous dissimulerai pas, Henriette, que je suis bien fatiguée ce matin.