Il y a bien peu de temps de cela, c’était autant dire hier, un dimanche, sur les quatre heures du soir, tout le quartier du Marais était en émoi.
On racontait qu’un des plus honorables négociants de la rue du Roi-de-Sicile avait disparu et que toutes les recherches faites pour le retrouver restaient infructueuses.
Dans toutes les boutiques des environs, on commentait cet événement bizarre; il y avait des groupes sur la porte de toutes les fruitières; à chaque moment, quelque ménagère arrivait, effarée, apportant de nouveaux détails.
L’épicier du coin avait, ce jour-là, les meilleures et les plus fraîches nouvelles, les plus exactes aussi, les tenant de la propre bouche de la cuisinière de la maison.
—Donc, disait-il, c’était hier soir après le dîner, M. Jandidier, notre voisin, est descendu à sa cave pour chercher une bouteille de vin, et on ne l’a plus revu: disparu, évanoui, évaporé!
Il arrive comme cela, de temps à autre, qu’on entend parler de disparitions mystérieuses, le public s’émeut et les gens prudents achètent des cannes à épée.
La police entend ces bruits ridicules et elle hausse les épaules. C’est qu’elle connaît l’envers de ces canevas si bien brodés. Elle cherche, et elle trouve, au lieu de naïfs mensonges, la vérité; au lieu de romans, de tristes histoires.
Cependant, jusqu’à un certain point, l’épicier de la rue Saint-Louis disait vrai.
En effet, depuis tantôt vingt-quatre heures, M. Jandidier, fabricant de bijoux faux, n’avait pas reparu à son domicile.
M. Théodore Jandidier était un homme de cinquante-huit ans, très-grand, très-chauve, d’assez bonnes manières, qui avait fait dans le commerce une fortune considérable. Il avait de côté, disait-on, en actions ou en rentes, une vingtaine de mille livres de revenu et sa maison lui rapportait bon an mal an cinquante mille francs. Il était aimé et estimé dans son quartier, et justement, sa probité était au-dessus du soupçon, ses mœurs étaient sévères. Marié tard avec une de ses parentes sans fortune, il l’avait rendue parfaitement heureuse. Il possédait une fille unique, jolie et gracieuse, nommée Thérèse, qu’il adorait. Elle avait dû épouser le fils aîné du banquier Schmidt,—de la maison Schmidt, Gubenheim et Worb,—M. Gustave; mais ce mariage avait manqué sans qu’on sût pourquoi, car les jeunes gens s’aimaient éperdûment. On prétendait, dans le cercle des Jandidier, que le papa Schmidt, qui tondrait sur un œuf, c’est connu, avait exigé une dot bien au-dessus des moyens du négociant.