Prévenu par la rumeur publique, qui allait grossissant d’heure en heure, le commissaire de police dut se transporter au domicile de celui qu’on appelait déjà la victime, afin d’avoir des renseignements certains.
Il trouva madame et mademoiselle Jandidier plongées dans une telle douleur, qu’à grand’peine, il put recueillir la vérité. Enfin, voici ce qu’il apprit:
La veille, un samedi, M. Jandidier avait dîné comme d’ordinaire avec sa famille, sans grand appétit toutefois, ayant, disait-il, un assez violent mal de tête.
Après le dîner, il était descendu dans ses magasins, avait donné quelques ordres et s’était mis à son bureau.
A six heures et demie, il était remonté et avait annoncé à sa femme qu’il allait faire un tour de promenade.
Et il n’avait pas reparu!...
Ces détails notés soigneusement, le commissaire pria madame Jandidier de vouloir bien l’entendre seule quelques minutes. Elle fit un signe d’assentiment, mademoiselle Thérèse sortit.
—Vous me pardonnerez, madame, dit alors le commissaire de police, la question que je vais vous adresser. Savez-vous si votre mari n’avait pas, hors de chez lui... encore une fois, excusez-moi!... quelque liaison?
Madame Jandidier se dressa tout d’une pièce, la colère séchait ses larmes.
—Il y a vingt-trois ans, monsieur, que je suis mariée; mon mari n’est jamais rentré après dix heures.