—Ah! voilà un indice! Il avait une somme importante sur lui.

—Importante, non; mais assez forte. Le tailleur l’évalue à douze ou quatorze cents francs.

—Poursuivez, fit le juge d’instruction.

—Pendant qu’on réparait son gilet, M. Jandidier s’est plaint d’une indisposition subite et a envoyé un petit garçon qui se trouvait là, chercher une voiture. Il avait, disait-il, à aller chez un de ses ouvriers qui demeurait fort loin, près de la halle aux vins. Malheureusement le petit bonhomme avait oublié le numéro de la voiture. Il se souvenait seulement qu’elle avait les roues jaunes et était attelée d’un grand cheval noir. Cela se retrouve. Une circulaire expédiée à tous les loueurs m’a remis sur la trace. J’ai su ce matin que la voiture portait le nº 6,007. Le cocher interrogé se souvient fort bien avoir été arrêté samedi soir, vers neuf heures, rue Richelieu, par un petit garçon et avoir attendu dix minutes devant la maison Gouin. Le signalement du bourgeois qui l’a pris est celui de notre homme et il a reconnu la photographie entre cinq différentes que je lui présentais.

Maître Magloire s’arrêta. Il voulait jouir de la satisfaction approbative qu’il lisait sur la figure du magistrat.

—M. Jandidier, reprit-il, s’est fait conduire en effet près de la halle au vins, rue d’Arras-Saint-Victor, 48. Dans cette maison demeure un ouvrier qui travaille pour M. Jandidier, un nommé Jules Tarot.

La façon dont maître Magloire prononça ce nom devait éveiller et éveilla l’attention du juge d’instruction.

—Vous avez des soupçons? demanda-t-il.

—Pas précisément, mais enfin voilà la chose. M. Jandidier a renvoyé sa voiture rue d’Arras et est monté chez Tarot vers dix heures. A onze heures, le patron et l’ouvrier sont sortis ensemble. L’ouvrier n’est rentré qu’à minuit, et moi je perds ici la trace de mon homme. Naturellement je n’ai pas interrogé Tarot dans la crainte de le mettre sur ses gardes.

—Qu’est-ce que ce Jules Tarot?