—Un ouvrier nacrier, c’est-à-dire qui polit des coquilles à la meule pour leur donner une irisation parfaite. C’est un garçon habile, et aidé par sa femme, à laquelle il a appris son état, il peut gagner jusqu’à cent francs par semaine.
—Ce sont des ouvriers aisés, alors?
—Eh! non. Ils sont jeunes tous les deux, ils n’ont pas d’enfants, ils sont Parisiens, et dame! ils s’amusent. Le lundi emporte régulièrement tout ce qu’apportent les autres jours.
III
Deux heures après le rapport de maître Magloire, la police se transportait chez Jules Tarot pour procéder à une perquisition.
A l’aspect des agents, l’ouvrier nacrier et sa femme devinrent plus pâles que des morts et furent pris d’un tremblement nerveux qui ne pouvait échapper à l’œil exercé de maître Magloire. Cependant les plus minutieuses recherches n’ayant rien fait découvrir de suspect, la police allait se retirer, lorsque l’agent de la sûreté surprit le regard de la femme Tarot arrêté plein d’anxiété sur une cage suspendue près de la fenêtre.
Ce fut un trait de lumière. En moins de rien Magloire eut décroché et démonté la cage. Entre les planches du fond se trouvaient douze billets de 100 francs.
Cette découverte parut atterrer l’ouvrier. Quant à sa femme, elle se mit à pousser des cris terribles, affirmant qu’elle et son mari étaient innocents.
Arrêtés et conduits au Dépôt, ils furent le jour même interrogés par le juge d’instruction. Leurs réponses furent absolument identiques.
Ils reconnaissaient avoir reçu dans la soirée de samedi la visite de leur patron. Il leur avait paru si souffrant qu’ils lui avaient offert de prendre quelque chose, ce qu’il avait refusé. Il était venu, leur dit-il, pour une commande importante, et pour proposer à Tarot de s’en charger seul, en prenant des ouvriers. Tarot et sa femme avaient répondu qu’ils ne le pouvaient faute d’avances. Alors le patron avait dit:—«Qu’à cela ne tienne, je vous fournirai de l’argent;»—et aussitôt il avait déposé sur la table douze billets de cent francs.