III

Cet honorable Bernard était pâle d’émotion lorsqu’il rentra dans sa loge; si pâle et si défait, qu’en l’apercevant sa femme et sa fille Amanda lui demandèrent en même temps:

—Qu’as-tu? Qu’y a-t-il?

—Rien, répondit-il d’une voix altérée, absolument rien.

—Tu me trompes, insista Mme Bernard, tu me caches quelque chose; voyons, parle, je suis forte; que t’a dit le nouveau propriétaire? Songerait-il à nous remplacer.

—Si ce n’était que cela! Mais, voyez-vous, il m’a dit de sa propre bouche, parlant à ma propre personne, il m’a dit... Ah! vous ne me croirez pas.

—Parleras-tu!

—Vous le voulez!... Eh bien! là, il m’a ordonné de prévenir tous les locataires qu’il les diminue d’un tiers; vous m’entendez, n’est-ce pas? il les di-mi-nue...

Mais ni madame ni mademoiselle Bernard n’entendaient, elles riaient à se tordre.

—Diminuer, répétaient-elles, ah! la bonne farce, c’est trop drôle, en vérité! Diminuer...