—Vous pouvez choisir, disait-il aux gens qui se présentaient, la maison entière est vacante. Tous les locataires ont donné congé, en masse, comme un seul homme. On ne sait rien au juste, mais il se passe des choses, oh! mais des choses!... Un mystère, quoi! une histoire comme on n’en a jamais vue!... Pour tout dire, le propriétaire diminue ses loyers!
Et les chalands venus pour louer s’enfuyaient épouvantés.
Le terme arriva. Vingt-trois voitures Bailly emportèrent les meubles des vingt-trois locataires. Tout le monde partit. Des fondations aux combles la maison resta vide.
Les rats eux-mêmes, n’y trouvant plus à vivre, l’abandonnèrent.
Seul le portier restait, verdissant de peur dans sa loge. Des visions effroyables hantaient ses nuits. Il lui semblait ouïr de lugubres hurlements. A certains murmures sinistres ses dents claquaient de terreur, et ses cheveux se dressaient à renverser son bonnet de coton. Madame Bernard ne fermait plus l’œil.
Dans son effroi, Amanda, renonçant aux gloires du théâtre, épousa, rien que pour quitter la loge paternelle, un jeune perruquier qu’elle ne pouvait souffrir.
Enfin, un matin, après une insomnie plus épouvantable que les autres, Bernard prit une grande résolution.
Il alla trouver le propriétaire, lui rendit son cordon et déguerpit.
VI
Et maintenant, si vous passez rue de la Victoire, vous verrez une maison abandonnée, c’est celle dont je viens de dire l’histoire. La poussière s’amasse sur les volets clos, l’herbe croît dans la cour.