Bientôt le tumulte qui suit un mariage s’était apaisé, et les jeunes époux se trouvèrent seuls dans une ravissante maison achetée près du Pont-Fouchard par l’amoureux notaire.
C’est alors que vraiment la belle Aurélie sentit ce qu’elle appelait l’horreur de sa situation.
S’en prenant à son mari d’une erreur funeste dont seule elle était coupable, elle le jugeait avec la dernière sévérité. Il lui semblait que jamais elle n’avait rencontré d’homme à la fois si prétentieux et si nul, si absolument ridicule. Elle ne pouvait s’expliquer son influence en ville. En lui, elle haïssait tout, même les meilleures qualités. Il avait pour elle les attentions les plus délicates et elle lui en voulait de ses prévenances. Elle était agacée de le sentir continuellement autour d’elle, l’enveloppant de sa sollicitude inquiète, l’admirant et le lui disant, épiant du matin au soir le prétexte d’un baiser.
Elle s’était promis de planer dans l’azur et elle en était réduite à traîner péniblement la lourde charrue d’un mariage de raison.
Et pas de terme, même lointain, à l’horrible supplice. Rien qu’à interroger l’avenir, elle se sentait prise de nausées comme celui qui regarde longtemps le monotone balancement d’une mer calme.
Mais elle était bien trop fière pour rien laisser deviner de ce qui se passait en elle. Jamais une larme ne monta de son cœur à ses yeux. Après avoir dit: la belle, on disait: l’heureuse Aurélie.
VII
Ainsi que tout le monde, Me Dubocage fut pris aux apparences. Pendant que les voix mauvaises de la solitude soufflaient à sa femme les pires insinuations, il promenait en tous lieux le rayonnant visage de l’homme qui se sait adoré.
Hélas! après trois mois de mariage, la chaste jeune fille en était arrivée à se demander froidement si elle serait ou non fidèle à son mari.
La vertu, c’était l’estime de tous. Oui, mais un amant, c’était peut-être la réalisation du rêve.