Son succès ne surprit personne en ville, et lui-même, ayant la conscience de sa valeur, n’en fut point étonné. Pourtant il aimait la belle Aurélie à en perdre la tête. On parle encore à Saumur de la corbeille qu’il alla, de sa personne, chercher à Paris.

Ce qui n’empêche que le jour de la noce, Me Dubocage était dans un pitoyable état.

Le bal finissait; la jeune mariée venait de disparaître, entraînée par sa mère et plusieurs vieilles dames; réfugié au fond d’un couloir, le pauvre époux attendait qu’on lui livrât la clef du paradis nuptial.

Il avait froid et il suait à grosses gouttes; il ne cherchait même plus à rallier ses idées en déroute; il parlait seul, tout haut, comme un fou.

—Quel moment, disait-il, à moi tant de perfections!... Suis-je digne d’elle?... Ah! je voudrais être à cent lieues... Mais non, elle m’aime, elle m’aime!...

Il chancelait comme un ivrogne en suivant la mère de sa femme, qui enfin était venue le chercher et qui lui adressait, en fondant en larmes, un long discours qu’il n’entendait pas.

VI

Positivement, la belle Aurélie s’était imaginée qu’elle aimait celui qui allait être son mari.

Le lendemain même de son mariage, elle reconnut avec horreur qu’elle s’était trompée.

Son front était rouge encore de toutes les pudeurs offensées de la vierge, que déjà son cœur était plus glacé que celui de la veuve qui se remarie en troisièmes noces. C’est qu’elle avait trop vécu avec ses rêves. C’est que l’espoir est un usurier qui ruine sans pitié tous ceux qui lui escomptent les joies de l’avenir. La terre ne pouvait plus lui offrir d’enchantements, à elle qui tant de fois s’était élancée vers le ciel sur la croupe radieuse des chimères. A l’âpre brise de la réalité, toutes ses illusions en un instant s’éparpillèrent comme les feuilles d’un arbre au premier ouragan de novembre.