Imprudente fille! Elle avait si fort découragé les épouseurs à vingt lieues à la ronde, que nul ne se risquait plus.
Et un soir, comme elle se mirait après s’être déshabillée, la glace lui découvrit des symptômes alarmants.
Sa gorge, qu’on jugeait divine sous ses guimpes, menaçait de rompre la sobre ligne sculpturale.
—Vierge Marie! pensa-t-elle, j’engraisse!...
Et sur le moment, elle se jura, elle, la fière, la dédaigneuse Aurélie, qu’elle épouserait le premier chien coiffé,—c’est l’expression angevine,—qui se déclarerait.
IV
Il se déclara, ce chien coiffé.
Il était notaire et s’appelait Ernest Dubocage.
V
C’était, il est vrai, un notaire rare, la perle des officiers ministériels. Outre qu’il venait d’acheter la meilleure étude de la ville, il était bien de sa personne et jouissait de la réputation d’un esprit supérieur. Pas un confrère ne pouvait se vanter de tourner un menton mieux rasé sur une cravate plus blanche. Il était grave, content de soi, intraitable sur les mœurs et plaçait à cinq.