Sans répondre, elle se leva, pâle, les dents serrées, les yeux noyés, elle prit son bras et il l’entraîna. Mais, au deuxième tour, son émotion fut si forte qu’elle faillit s’évanouir, et il dut la ramener à sa place.

Me Dubocage, prévenu, accourait tout inquiet.

—Qu’as-tu, disait-il, qu’as-tu, chère amie? Tu es souffrante, viens, partons.

Et il l’emmena, malgré ses protestations.

IX

Elle se leva tard le lendemain. On était au mois de décembre, il faisait froid, il neigeait.

Paresseusement renversée sur une chaise longue, au coin de son feu, elle s’efforçait de ressaisir quelque chose des enivrantes émotions de la veille.

La nuit était venue. Seule, la flamme capricieuse du foyer éclairait la chambre.

Elle éprouvait une âcre et malsaine jouissance à savourer l’amertume de ses désillusions. Ainsi donc ses rêves ne l’avaient pas trompée! Il existait vraiment, cet être extraordinaire paré de toutes les perfections terrestres. Ah! que n’avait-elle eu plus de courage et de patience! Que n’était-elle jeune fille encore et libre, pour s’élancer vers lui, pour lui crier: Viens, me voici, je suis à toi, je t’attendais!

Celui-là était un de ces hommes que toutes les femmes envient, qui inspirent ces passions folles, ces dévouements idiots qui stupéfient les autres hommes. Combien il devait être beau, sur son cheval de bataille, entouré d’ennemis, agitant son sabre sanglant! Elle se le représentait ainsi, et si nettement, si distinctement, qu’il lui semblait entendre le cliquetis des armes.