—Et vous, mon ami, poursuivit-il, dites-nous ce que vous savez et les raisons de votre assurance.
Ainsi soutenu, l’agent écrasa M. Méchinet d’un regard ironique, et avec une nuance très-appréciable de fatuité:
—Pour lors, commença-t-il, voilà la chose: M. le juge et M. le commissaire ici présents nous ont chargés, l’inspecteur Goulard, mon collègue Poltin et moi, d’arrêter le nommé Monistrol, bijoutier en faux, domicilié rue Vivienne, 75, ledit Monistrol étant inculpé d’assassinat sur la personne de son oncle.
—C’est exact, approuva le commissaire à demi-voix.
—Là-dessus, poursuivit l’agent, nous prenons un fiacre et nous nous faisons conduire à l’adresse indiquée... Nous arrivons et nous trouvons le sieur Monistrol dans son arrière-boutique, sur le point de se mettre à table pour dîner avec son épouse, qui est une femme de vingt-cinq à trente ans, d’une beauté admirable.
En nous apercevant tous trois en rang d’oignon, mon particulier se dresse.—«Qu’est-ce que vous voulez?» nous demande-t-il. Aussitôt, le brigadier Goulard tire de sa poche le mandat d’amener et répond: «Au nom de la loi, je vous arrête!...»
M. Méchinet semblait sur le gril.
—Ne pourrais-tu te hâter! dit-il à l’agent.
Mais l’autre, comme s’il n’eût pas entendu, poursuivit du même ton calme:
—J’ai arrêté quelques particuliers en ma vie; eh bien! jamais je n’en ai vu tomber en décomposition comme celui-là.—«Vous plaisantez, nous dit-il, ou vous faites erreur!—Non, nous ne nous trompons pas.—Mais enfin, pourquoi m’arrêtez-vous?»