—Comment vivait-il?
—Comme tout le monde... Comme les gens qui ont des rentes, s’entend, et qui cependant tiennent à leur monnaie.
—Pouvez-vous me donner quelques détails?
—Oh! pour cela, je le pense, vu que c’est moi qui avais soin de son ménage... Et cela ne me donnait guère de peine, car il faisait presque tout, balayant, époussetant et frottant lui-même... C’était sa manie, quoi! Donc, tous les jours que le bon Dieu faisait, à midi battant, je lui montais une tasse de chocolat. Il la buvait, il avalait par-dessus un grand verre d’eau, et c’était son déjeuner. Après il s’habillait, et ça le menait jusqu’à deux heures, car il était coquet et soigneux de sa personne plus qu’une mariée. Sitôt paré, il sortait pour se promener dans Paris. A six heures, il s’en allait dîner dans une pension bourgeoise, chez les demoiselles Gomet, rue de la Paix. Après son dîner il courait prendre sa demi-tasse et faire sa fine partie au café Guerbois... et à onze heures il rentrait se coucher. Enfin, il n’avait qu’un défaut, le pauvre bonhomme... Il était porté sur le sexe. Même souvent, je lui disais:—«A votre âge, n’avez-vous pas de honte!...» Mais on n’est pas parfait, et on comprend ça d’un ancien parfumeur, qui avait eu dans sa vie des tas de bonnes fortunes...
Un sourire obséquieux errait sur les lèvres de la puissante concierge, mais rien n’était capable de dérider M. Méchinet.
—M. Pigoreau recevait-il beaucoup de monde? continua-t-il.
—Très-peu... Je ne voyais guère venir chez lui que son neveu, M. Monistrol, à qui, tous les dimanches, il payait à dîner chez le père Lathuile.
—Et comment étaient-ils ensemble, l’oncle et le neveu?
—Comme les deux doigts de la main.
—Ils n’avaient jamais de discussions?