C’était un homme de trente-cinq à trente-huit ans, d’une taille un peu au-dessus de la moyenne, mais robuste, avec un cou apoplectique enfoncé entre de larges épaules. Il était laid; la petite vérole l’avait défiguré, et son long nez droit et son front fuyant lui donnaient quelque chose de la physionomie stupide du mouton. Cependant, ses yeux bleus étaient très-beaux, et il avait les dents d’une remarquable blancheur...

—Eh bien! monsieur Monistrol, commença M. Méchinet, nous nous désolons donc!

Et l’infortuné ne répondant pas:

—Je conviens, poursuivit-il, que la situation n’est pas gaie... Cependant, si j’étais à votre place, je voudrais prouver que je suis un homme. Je me ferais une raison, et je tâcherais de démontrer mon innocence.

—Je ne suis pas innocent.

Cette fois, il n’y avait ni à équivoquer ni à suspecter l’intelligence d’un agent, c’était de la bouche même du prévenu que nous recueillions le terrible aveu.

—Quoi! exclama M. Méchinet, c’est vous qui...

L’homme s’était redressé sur ses jambes titubantes, l’œil injecté, la bouche écumante, en proie à un véritable accès de rage.

—Oui, c’est moi, interrompit-il, moi seul. Combien de fois faudra-t-il donc que je le répète?... Déjà, tout à l’heure, un juge est venu, j’ai tout avoué et signé mes aveux... Que demandez-vous de plus? Allez, je sais ce qui m’attend, et je n’ai pas peur... J’ai tué, je dois être tué!... Coupez-moi donc le cou, le plus tôt sera le mieux...

Un peu étourdi d’abord, M. Méchinet s’était vite remis.