VIII

Ce qui me manquait alors—cent fois, depuis, j’ai eu l’occasion de m’en rendre compte—c’était l’expérience, la pratique du métier; c’était surtout la notion exacte des moyens d’action et d’investigation de la police.

Je sentais vaguement que cette enquête avait été mal, ou plutôt légèrement conduite, mais j’aurais été bien embarrassé de dire pourquoi, de dire surtout ce qu’il eût fallu faire.

Je ne m’en intéressais pas moins passionnément à Monistrol.

Il me semblait que sa cause était la mienne même. Et c’était bien naturel: ma jeune vanité se trouvait en jeu. N’était-ce pas une remarque de moi qui avait élevé les premiers doutes sur la culpabilité de ce malheureux?

—Je me dois, me disais-je, de démontrer son innocence.

Malheureusement, les discussions de la soirée m’avaient tellement troublé, que je ne savais plus sur quel fait précis échafauder mon système.

Ainsi qu’il arrive toujours quand on applique trop longtemps son esprit à la solution d’un problème, mes idées se brouillaient comme un écheveau aux mains d’un enfant. Je n’y voyais plus clair, c’était le chaos.

Enfoncé dans mon fauteuil, je me torturais la cervelle, lorsque sur les neuf heures du matin, M. Méchinet, fidèle à sa promesse de la veille, vint me prendre.

—Allons! allons! fit-il, en me secouant brusquement; car je ne l’avais pas entendu entrer; en route!...