AVANT-PROPOS
On venait d’amener un prévenu devant le juge d’instruction, et malgré ses dénégations, ses ruses et un alibi qu’il invoquait, il fut convaincu de faux et de vol avec effraction.
Accablé par l’évidence des charges que j’avais réunies contre lui, il avoua son crime en s’écriant:
—Ah! si j’avais su de quels moyens disposent la justice et la police, et combien il est impossible de leur échapper, je serais resté honnête homme.
C’est en entendant cette réponse que l’idée me vint de recueillir mes souvenirs.
—Il faut qu’on sache!... me disais-je.
Et en publiant aujourd’hui mes mémoires, j’ai l’espérance, je dirai plus, j’ai la conviction d’accomplir une œuvre morale d’une haute utilité.
N’est-ce pas être utile, en effet, que de dépouiller le crime de sa sinistre poésie, et de le montrer tel qu’il est: lâche, ignoble, abject, repoussant?...
N’est-ce pas être utile que de prouver qu’il n’est pas au monde d’êtres aussi misérables que les insensés qui ont déclaré la guerre à la société?
Voilà ce que je prétends faire.