—Oui, dit le vicomte au désespoir, oui, je suis très-content... Ce que j’ai de mieux à faire, avait-il pensé d’abord, est de me faire sauter la cervelle.
Mais la nuit aidant de ses conseils, il avait résolu d’accepter pour le moment, se réservant d’attendre, sans la désirer, la mort du comte.
On avait bien essayé de railler Max, mais il était, on le savait fort bien, homme à se fâcher; puis, il avait si bien fait, lui-même, les honneurs de sa noyade, comme on disait, que réellement rire eût été de mauvais ton.
Il restait encore un modèle du genre. Respect, donc, aux vaincus, c’est la devise de la chevalerie française.
Le premier moment passé, notre vicomte était devenu respectable aux yeux de tous, même de ses anciennes maîtresses qui, toutes, plus ou moins avaient mis à la caisse d’épargne, sur les fantaisies qui avaient ruiné le plus généreux des lions.
Elles avaient mis à la caisse d’épargne... qui n’y met pas en effet? Se ruiner aujourd’hui est devenu mauvais genre; chacun sent le prix de l’argent, on le garde pour soi et bien on fait. La pauvreté est à l’index, maintenant; notre siècle ne sait qu’une chose, mais il la sait fort bien, il compte comme Barême... on n’enseigne plus que cela... les poëtes, eux-mêmes, jouent à la hausse. Il n’y a plus que les niais qui ne gagnent pas d’argent.
Heureux siècle!
Or, le vicomte de Tressang, tout en fumant un délicieux panatellas plus jaune que l’ambre, et respirant la fraîcheur embaumée des grands arbres du jardin de l’hôtel, s’ennuyait et réfléchissait fort.
Il réfléchissait sur un livre que, par hasard, il avait ouvert la veille et qu’il n’avait pas compris du tout.
Ce livre c’était l’Amour, de Stendhal.