Vainement, pendant plus de huit jours, j'interrogeai tous les murs, je sondai toutes les pierres, les unes après les autres, à la hauteur de notre étage; en effet, le conduit fait un coude brusque, de telle sorte que si la soupente entre les deux plafonds n'eût pas existé, toutes mes espérances étaient évanouies, car déjà, sur ce conduit, j'avais, par la pensée, bâti un plan d'évasion.
—Mais cette soupente, qui vous la fit découvrir?
—Le hasard. Appelé au greffe un jour, je vis ouverte la porte du cachot situé au-dessous du nôtre; j'aperçus le plafond.
Instinctivement j'en mesurai la hauteur; puis, ayant compté les marches pour remonter ici, j'en arrivai à me convaincre qu'il devait y avoir un grand espace vide. La nuit même je me mis à l'œuvre, je descellai les carreaux et bientôt j'eus trouvé ce que je cherchais.
—Mais, objecta Sainte-Croix, une fois dans la chambre de la question, en quoi serons-nous plus avancés?
—Attendez donc, poursuivit l'Italien. On devait m'appliquer la question de l'eau.
On y renonça. Mais lorsque les juges donnèrent l'ordre de me reconduire dans ma prison, je pus voir le bourreau jeter l'eau préparée à l'avance dans un grand trou circulaire situé non loin du fourneau, et dont l'orifice était caché par des planches.
Je prêtai l'oreille. Un bruit sourd et prolongé me prouva que cette eau devait tomber à une grande profondeur; j'en conclus que ce trou pourrait bien être quelque citerne abandonnée communiquant avec les fossés de la Bastille. Il s'agissait de s'en assurer.
Aussitôt donc que j'eus découvert la soupente et trouvé le conduit de cheminée, je n'hésitai pas à m'y glisser. Arrivé à la Chambre des tortures, sans autres difficultés que deux grilles à desceller, je courus à ce que je croyais être une citerne, je soulevai le couvercle et je m'y engageai sans hésiter...
—Et vous vous étiez trompé, n'est-ce pas? interrompit Sainte-Croix, qui écoutait avec une anxiété terrible le récit de son impassible compagnon.