Un matin, un carrosse qui lui avait semblé magnifique, mené grand train par quatre chevaux et deux postillons, s'était arrêté devant la ferme.
Un vieux gentilhomme, que deux laquais traitaient avec le plus profond respect, en était descendu et avait demandé à se rafraîchir et à se reposer quelques instants.
Naturellement sa demande avait été accueillie. Tous les gens de la ferme, ravis de la présence d'un si riche seigneur dans leur pauvre demeure et comptant sans doute sur une généreuse récompense, s'étaient empressés autour de l'étranger et s'étaient, à qui mieux mieux, efforcés de prévenir tous ses désirs.
Le gentilhomme cependant les laissait faire, sans paraître y prendre garde, avec cette suprême indolence des gens persuadés que tous les hommages leur sont dus. De tous les mets qu'on avait disposés pour lui sur une table rustique, à l'ombre d'une tonnelle, devant la porte de la ferme, il ne voulut accepter que quelques fraises et une jatte de lait.
Alors il s'était pris à regarder curieusement les marmots qui se tenaient debout à quelques pas, saisis d'admiration et de crainte, éblouis sans doute par la richesse de ses habits. Après un muet examen, qui dura près d'un quart d'heure, il s'entretint tout bas avec le fermier et sa femme.
Les propositions que l'étranger faisait aux pauvres habitants de la ferme étaient, paraît-il, bien séduisantes, car le mari et la femme poussèrent une exclamation de joie et commencèrent un long chapelet de remerciements et de protestations.
Le gentilhomme les interrompit en jetant sur la table une bourse assez lourde, dont le fermier s'empara avec avidité.
La fermière, elle, prit la main du petit Olivier, qui l'appelait maman comme, les autres, et, l'attirant près de l'étranger:
—Regarde bien ce digne seigneur, que le ciel bénisse, mon fils, il veut faire ton bonheur. Nous étions trop pauvres pour t'élever, il va t'emmener avec lui. Il te donnera de beaux habits et de bonnes choses à manger; ainsi, remercie-le bien et tâche d'être sage et de l'aimer comme si tu étais son fils.
Ces paroles avaient si vivement frappé l'imagination de l'enfant, que, jeune homme, il croyait encore les entendre résonner à son oreille.