Et déjà son amour était si grand, si immense, qu'il ne tarda pas à reconnaître que désormais sa vie était perdue; qu'il avait au cœur une de ces passions profondes dont on meurt, parce qu'elles sont sans espoir.

Hélas! cette jeune fille était promise sans doute à quelque financier riche comme un galion, ou à quelque grand seigneur désireux de redorer son blason.

Et lui, qui avait osé lever les yeux sur elle, qui l'aimait de toutes les forces de son âme, d'où lui venait cette audace? qui était-il?

Il s'appelait Olivier et ne se connaissait ni parents, ni famille, ni personne au monde qu'il pût nommer de ce doux nom d'ami. A peine il savait son âge et il ignorait jusqu'au lieu exact de sa naissance.

Souvent il avait cherché à ressaisir les fugitifs souvenirs de ses premières années, il ne se rappelait rien de précis; les quelques tableaux de son enfance, restés en sa mémoire, étaient vagues, indistincts, confus, comme ces réminiscences du rêve à l'heure où l'esprit flotte encore entre la veille et le sommeil.

Il se rappelait vaguement avoir été élevé à la campagne, au milieu des paysans.

En fermant les yeux, il croyait voir encore une petite ferme couverte de chaume, bâtie sur le bord d'une grande route à quelque pas d'un bois immense.

Il se souvenait encore des compagnons de ses premiers jeux, trois ou quatre petits paysans bien pauvres, bien sales, à peine vêtus, avec lesquels il allait se rouler dans les herbes ou jeter des pierres dans un petit ruisseau aux eaux bleues, qui coulaient à l'extrémité d'un grand jardin.

Là, s'arrêtaient toutes ses notions sur son passé, jusqu'au jour où il avait quitté la ferme pour n'y plus revenir.

Ce grand jour, par exemple, était resté merveilleusement présent à son esprit. C'était le premier épisode bien distinct de sa vie, le plus décisif aussi sans doute.