—Comment te nommes-tu, mon enfant? demanda-t-il d'une voix qu'il cherchait à faire la plus douce possible.

—Olivier.

—Eh bien! mon petit Olivier, pour commencer ta nouvelle existence, nous allons aller t'acheter de beaux habits, car nous voici arrivés à une grande ville; mais sèche tes pleurs.

La voiture, en effet, entrait au grand galop à Compiègne. Elle s'arrêta devant la plus belle hôtellerie, et un courrier avait sans doute précédé le voyageur, car l'hôte, son bonnet à la main, l'attendait sur le seuil et, s'inclinant respectueusement, lui offrit de le conduire à l'appartement qu'on avait préparé pour lui.

En moins d'une demi-journée, grâce à la facilité avec laquelle l'or glissait entre ses doigts, le vieux gentilhomme fit habiller son petit protégé.

On le parfuma d'essences, on le confia à un coiffeur, si bien que le soir même il ressemblait à l'héritier de quelque grand seigneur de la cour; car, pour son petit costume, on n'avait épargné ni la soie, ni le velours, ni les dentelles.

Lorsque tout fut terminé:

—Regarde-toi un peu, mon enfant, dit le vieillard; commences-tu à moins regretter ta ferme et les guenilles qui te couvraient? J'espère que, si maintenant tu rencontrais un de ces petits paysans avec lesquels tu jouais, tu ne les regarderais même plus.

—Oh! je les aime bien, je voudrais retourner près d'eux, répondit le pauvre petit.

Le gentilhomme fit une grimace qui ne laissait aucun doute sur le peu de satisfaction que lui causait cette réponse.