—Serais-je par hasard tombé sur une bonne nature, grommela-t-il, sur une de ces âmes d'élite que ne gagne jamais la gangrène du vice, et qui traversent la vie sans être atteintes par la contagion du mal?

Ce serait, pardieu! une rare et curieuse déveine bien faite pour moi, en vérité. Mais, baste! quand cela serait, j'y trouverais encore un intéressant sujet d'études qui me reposerait des autres. Voir un honnête homme grandir sous ma tutelle, ne serait-ce pas miraculeux?

Par ma foi, je ne ferai rien pour changer la nature de cet enfant; il sera libre de suivre ses instincts, bons ou mauvais.

Le soir même, après un excellent souper, auquel Olivier fit à peine honneur, tant il avait le cœur gros encore, le marquis ordonna qu'on lui amenât des chevaux.

Cet ordre sembla consterner l'hôte. Singulièrement attaché par la libéralité de sa nouvelle pratique, il espérait la garder au moins quelques jours, quitte à se surpasser.

Mais vainement il raconta les charmes des campagnes environnantes, les délices de sa maison, le moelleux de ses lits, le savoir-faire de son chef, le voyageur ne sembla même pas l'entendre.

La voiture fut attelée et bientôt continua sa route, menée à fond de train par les postillons largement payés.

Depuis cette mémorable journée dont les moindres détails étaient restés gravés dans sa jeune mémoire, Olivier pouvait facilement reconstruire sa vie tout entière; rien depuis ne lui avait échappé.

Jamais cependant il n'avait pu percer un étrange mystère qu'il sentait vaguement autour de lui, et lui répugnait.

Son protecteur, autant qu'il en avait pu juger, était un grand seigneur italien, immensément riche, qu'on appelait le marquis de Florenzi.