C'était un de ces hommes à la physionomie impassible, dont les traits de bronze n'accusaient jamais les années, et qui, vieillard avant l'âge, semblent rester toute leur vie sur les limites extrêmes d'une verte vieillesse, sans jamais tourner à la décrépitude.

D'une humeur douce et égale, affectueuse même, le marquis, dès les premiers jours, sembla vouloir sérieusement remplacer pour l'enfant la famille absente.

Il eut pour lui les soins les plus attentifs, l'entoura de maternelles prévenances, et ne le laissa pas, comme bien des fils de grand seigneur, aux seules mains de valets mercenaires.

Aussi Olivier n'avait pas tardé à s'attacher à son ami de toutes les forces de son âme aimante. Bien peu de mois s'étaient écoulés, que déjà il avait presque perdu le souvenir de la ferme.

Pour lui l'existence datait du moment où il avait été entraîné dans le carrosse de l'étranger.

A mesure que sa vive intelligence grandissait, les mobiles impressions de l'enfance s'évanouissaient, et à peine se souvenait-il d'avoir donné à un autre le doux nom de père qu'il donnait à son protecteur.

A la suite du marquis, Olivier avait traversé la France et l'Italie. Pendant quelques mois il avait séjourné à Florence; il avait ensuite passé l'hiver à Venise, et enfin était venu reprendre possession de son palais de Rome.

Le palais du marquis de Florenzi dans la ville éternelle suffisait à lui seul pour justifier la réputation de richesse de son possesseur.

C'était une de ces magnifiques demeures où dix générations ont pris plaisir à accumuler toutes les splendeurs du luxe et des arts de leurs époques.

Meubles, tableaux, tentures, armes rares, bahuts précieusement sculptés, argenterie miraculeusement ciselée, statues, bijoux, jamais plus magiques spécimens des richesses de l'Italie, la riche entre toutes, ne fit pousser à un connaisseur de plus justes cris d'admiration.