Le propriétaire de toutes ces merveilles était sans doute depuis longtemps blasé par leur possession, car il semblait n'y attacher aucun prix, et les ébahissements de quelques visiteurs privilégiés révélèrent seuls, à l'enfant la beauté de toutes les choses qui l'entouraient.

Le marquis recevait peu de monde. Il vivait presque seul, ne sortait que la nuit. Il passait des journées entières dans une grande bibliothèque, encombrée de manuscrits et de bouquins poudreux, communiquant par une petite porte, masquée par des rayons, avec une sorte de laboratoire d'où s'échappaient parfois d'étranges senteurs et une fumée âcre et pénétrante.

C'est dans cette bibliothèque que chaque matin Olivier venait embrasser celui qu'il appelait son père; parfois dans l'après-midi il y restait à jouer.

Les nombreux domestiques qui animaient le palais étaient d'ailleurs aux ordres de l'enfant, ils prévenaient ses moindres désirs. Voulait-il sortir, une voiture était bientôt attelée; jouer, il avait d'immenses jardins et des salles pleines des jouets les plus nouveaux.

Des maîtres de toutes sortes, les plus habiles de l'Italie, étaient chargés de son éducation, et leur tâche était facile, car il apprenait à merveille; son intelligence était comme une de ces terres fertiles qui rendent au centuple le grain qu'y hasarde la main du laboureur.

A Rome, il atteignit sa onzième année, et tous ceux qui l'entouraient ne pouvaient s'empêcher d'admirer le développement hâtif de ses facultés, la maturité précoce de sa raison.

Ainsi il vivait heureux, insouciant, lorsqu'une nuit, le marquis parut au pied de son lit:

—Mon enfant, lui dit-il, il faut te lever et partir avec moi. Dis adieu à ce beau ciel de notre chère Italie; adieu à ce palais, merveille des arts; adieu à toutes ces choses qui t'entourent, que tu aimais et que peut-être tu ne reverras plus. Il faut partir.

Le visage du marquis, en prononçant ces paroles, était singulièrement altéré; sa voix était émue, une larme tremblait au bord de sa paupière.

L'enfant ne répondit d'abord qu'en jetant ses petits bras autour du cou de son ami.