Mais en même temps il apportait une fâcheuse nouvelle: il avait vu trois ou quatre hommes de mauvaise mine rôder autour de la maison qui servait d'asile aux proscrits, ce ne pouvait être que des espions; s'embarquer devenait urgent.

Mais comment gagner le navire hospitalier?

Ici une généreuse discussion s'éleva entre le marquis et son serviteur. Ils ne pouvaient songer à quitter leur retraite ensemble: si on avait des soupçons, ils se changeraient en certitude lorsqu'on verrait deux hommes et un enfant.

Cosimo voulait que son maître partît le premier, puisque lui seul était en péril.

Le marquis déclarait qu'il ne se hasarderait dehors qu'après avoir la certitude qu'Olivier et Cosimo seraient en sûreté.

Enfin, après un assez long débat, il fut convenu que, sitôt la nuit venue, le marquis s'aventurerait le premier et tâcherait de gagner un endroit où une embarcation du navire anglais devait venir le prendre.

Olivier et Cosimo sortiraient une demi-heure après lui et iraient épier le résultat de la tentative. Si le plan réussissait, le marquis devait faire allumer un fanal sur l'embarcation qui l'aurait reçu et aussitôt son fils adoptif et le vieux serviteur s'embarqueraient pour venir le rejoindre.

Il fut fait ainsi qu'on en était convenu.

Le marquis quitta son asile; Olivier et Cosimo sortirent quelques instants après lui et prirent une autre route.

Longtemps, errant sur les bords de la mer, l'enfant et le vieillard épiaient avec anxiété le signal qui devait leur annoncer le salut de l'homme qui leur était si cher.