—Vous vous tuez, monsieur, lui disait-il; est-il raisonnable, vraiment, de travailler ainsi que vous le faites, jusqu'à compromettre votre santé? Ne devriez-vous pas suivre un peu les plaisirs des jeunes seigneurs de votre âge? Car, enfin, rien ne vous serait si aisé.
—Tu crois, mon vieil ami?
—Certes, monsieur; car enfin vous êtes riche et nous ne dépensons seulement pas le quart des revenus que vous a assurés M. le marquis, mon digne maître; nous vivons, c'est-à-dire vous vivez presque comme un gueux; excusez-moi, je veux dire comme un pauvre cadet ou comme un malheureux clerc.
N'était la facilité avec laquelle vous prodiguez l'argent pour soulager les infortunes que vous rencontrez sur votre route, je croirais presque que vous êtes avare, ce qui est une bien lamentable infirmité pour un seigneur jeune et beau comme vous l'êtes.
Olivier souriait aux remontrances de son fidèle serviteur.
—Tu m'appelles seigneur, répondait-il, et tu ne saurais seulement me dire mon nom.
Est-ce avec ce nom d'Olivier que je puis me présenter et faire figure dans le monde? Veux-tu que je vole un titre auquel je n'ai aucun droit?
Car enfin le marquis n'est pas mon père, tu le sais comme moi. Il m'a trouvé chez des paysans qui eux-mêmes m'avaient ramassé on ne sait où?
Cette fortune que je dois au marquis n'est entre mes mains qu'un dépôt. Je puis user de ses bienfaits pour mon existence, non pour mes plaisirs.
Ce nom que je n'ai pas, laisse-moi donc le gagner avec une fortune.