Le travail, ce divin consolateur, combla l'abîme des désirs qu'il sentait en lui.

Il travaillait pour arriver. Il voulait se faire un nom, lui qui n'avait pas de nom; un état, lui qui n'avait ni état ni protecteurs, ni aucun moyen de parvenir; une famille, lui qui n'avait pas même un ami dans le sein duquel il put verser ses douleurs ou ses espérances.

Lorsqu'il atteignit dix-sept ans, il voulut partir pour l'armée.

—Avec mon courage, disait-il, avec mon savoir, je serai tué ou j'aurai un beau grade avant la troisième campagne. Au jour du combat, il pleut sur le champ de bataille des cordons, des épaulettes et des brevets de noblesse. Je me ferai noble par le sang.

Mais Cosimo combattit cette résolution. Il représenta à son jeune maître que le marquis désapprouverait cette entreprise. Il pouvait revenir d'un jour à l'autre. Quelle consolation resterait-il à ses vieux jours si son enfant bien-aimé venait à être tué!

Olivier se rendit à toutes ces raisons et essaya, en désespoir de cause, de se frayer un chemin dans la magistrature. Mais, là, il fallait au moins un premier protecteur.

Cosimo leva toutes les difficultés. Grâce à de mystérieuses relations, à des lettres de recommandation obtenues en cachette par le vieux serviteur, Olivier fut admis en qualité de secrétaire près de messire de Mondeluit, conseiller au Châtelet, membre du parlement, un des hommes les plus justement considérés de la magistrature d'alors.

Convaincu de la nécessité de s'instruire et de s'instruire vite, Olivier se consacra tout entier à sa nouvelle profession.

Rien ne lui coûta, ni les rebutantes recherches, ni les veilles prolongées; à la science aride des lois, il avait donné tout ce qu'il avait en lui de passion.

Souvent Cosimo, épouvanté des écrasants labeurs de son jeune maître, se prenait à regretter le jour où il lui avait facilité les moyens d'arriver près de messire de Mondeluit; il le conjurait de prendre quelques vacances.