Ou encore:

—J'ai juré sur le Christ de me taire.

Force a été à Olivier de se résigner et bientôt même, voyant le chagrin qu'il causait à son fidèle serviteur, il renonça complètement à l'interroger sur ces secrets, dont la seule pensée lui causait un horrible serrement de cœur.

Les années s'écoulèrent paisibles depuis cette époque. Mûri par l'expérience et le malheur, Olivier fut homme avant l'âge.

Seul, sans autre ami que Cosimo, il ne vivait que par la pensée, dans le passé ou dans l'avenir, le présent lui semblait lourd à porter.

Déshérité de toutes les affections légitimes qui sont ici-bas le vrai bonheur, il s'était replié sur lui-même; mais sous les glaces de son abord, sous l'austérité de sa parole, se cachaient une âme ardente, un cœur fait pour aimer jusqu'au dévouement le plus absolu.

Une timidité presque invincible, un légitime orgueil de soi-même, une certaine honte de son isolement empêchaient Olivier de chercher des amis de son âge.

Il craignait de donner son amitié ou trop haut ou trop bas.

Trop bas pour son orgueil, pour sa dignité; trop haut pour son état et pour sa fortune.

Décidé à vivre seul, l'ambition devint la seule passion de cette âme ardente. Non cette ambition sombre et funeste qui fait les criminels atroces, mais cette ambition généreuse et ouverte qui fait regarder haut et ferme devant soi.