—Le temps n'est pas éloigné, disait-il souvent à ses collègues, où ce jeune homme sera une des gloires, une des lumières de la magistrature française.

Telle était exactement la situation d'Olivier, lorsque, pour la première fois, il aperçut la fille du riche Hanyvel.

Cet amour, tout d'abord, lui parut sans danger:

—Je l'aimerai de loin, se disait-il, comme un frère; je l'adorerai comme une divinité placée bien au-dessus des vœux des pauvres humains.

Elle sera le rayon de ma nuit profonde, l'étoile de ma vie. C'est elle que j'invoquerai à mes heures de découragement.

Jamais elle ne saura que j'existe, mais je serai là pour veiller sur elle, et je ne l'importunerai de ma présence que si jamais elle a besoin d'un obscur dévouement.

Ainsi parlait Olivier tout en suivant des yeux la jeune fille, qui courait rieuse le long des pelouses, ou se promenait pensive sous les longues allées de tilleuls du jardin.

Il ignorait, l'imprudent, que chaque jour la passion grandit et s'exalte, que les obstacles l'irritent, que la solitude l'affole jusqu'au jour où, maîtresse souveraine, elle s'empare de l'esprit et du cœur, de toutes les facultés, de tout l'être.

Mais après moins de quinze jours il en était réduit à reconnaître et à s'avouer l'immensité de son amour; à se dire que désormais sa vie ne serait plus qu'un insoutenable supplice.

Toutes les flammes de son cœur, toutes les ardeurs de la passion si longtemps étouffées en lui, éclataient furieuses.