Il se sentait incapable de se maîtriser et d'arracher de son cœur l'image de celle qu'il aimait.

Déjà il cherchait dans sa tête les moyens de se rapprocher d'elle, de respirer l'air qu'elle respirait, d'effleurer sa robe, d'entendre le son de sa voix.

—Mais à quoi cela me servirait-il, malheureux que je suis? s'écriait-il alors avec rage; ne serais-je pas couvert de huées le jour où l'on apprendrait que j'ai osé lever les yeux jusqu'à elle!

Il n'est que deux baguettes magiques pour forcer la porte d'un financier et obtenir la main de sa fille: l'or ou la noblesse.

Et je suis pauvre, et je suis un enfant trouvé! Si encore le marquis de Florenzi était près de moi!... Eh! que pourrait le marquis?

Sais-je seulement quel est cet homme mystérieux qui sème l'or à pleines mains, qui habite des palais comme n'en ont pas nos princes, qui semble tout-puissant et qui est obligé de fuir, de s'exiler, qui se cache comme un malfaiteur...

Oh! malheur! voici que maintenant, dans ma folie, j'insulte mon bienfaiteur!...

Oh! pardon! pardon! vous, mon seul ami, mon second père; pardon, je suis un misérable, un insensé, j'ai perdu la possession de moi-même...

Et, anéanti, écrasé de douleur, foudroyé par la conscience de son impuissance, il se laissait tomber sur son fauteuil et versait des torrents de larmes.

Alors il songeait au suicide. Mourir... cette idée était pleine de charmes; c'était comme l'image d'un repos délicieux, un verre d'eau glacée au malheureux qui, dans les sables du désert, meurt de soif et de chaleur.