—Mais, alors, je ne la verrais plus, se disait-il.

Et, dans ce dernier abîme du malheur, il sentait tout son courage l'abandonner.

C'était chaque jour quelque crise semblable, et, au bout d'un mois de cette insoutenable existence, il était devenu méconnaissable.

Tous ses projets d'avenir étaient rompus. Que lui importait une profession qui ne pouvait le rapprocher de celle qu'il aimait? Il avait renoncé à ses travaux; il ne paraissait plus chez M. de Mondeluit. Il ne vivait véritablement que pendant une heure de la journée, celle où la fille de Hanyvel se promenait dans le jardin.

Le reste du temps, il errait comme un corps abandonné de son âme.

Espérant tuer le souvenir à force de fatigues, il louait des chevaux et courait du matin au soir, par tous les temps, dans les environs de Paris; le soir, fort avant dans la nuit, quelquefois il rentrait, brisé de lassitude, se tenant à peine debout; mais ce n'était qu'une souffrance de plus ajoutée à ses autres souffrances; les nuits qui suivaient ces journées étaient nuits sans sommeil.

Inquiet de la subite disparition de son secrétaire, le conseiller vint lui-même s'informer de la cause qui le retenait ainsi loin de lui.

Olivier répondit qu'il était malade, et, comme son maître l'interrogeait, il répondit d'une façon si vague, si singulière, on voyait si bien que son esprit était ailleurs, que M. de Mondeluit, effrayé, sortit en faisant à Cosimo toutes sortes de recommandations.

A vrai dire, elles étaient parfaitement inutiles, le vieux serviteur était dans un état d'angoisse inexprimable.

Dès les premiers jours, ainsi qu'il l'expliqua au conseiller, il s'était aperçu de quelque chose, mais, pensant qu'il s'agissait simplement d'une amourette, loin de s'en affliger, il s'en était réjoui.