Lorsqu'il avait reconnu son erreur, il avait voulu parler à son jeune maître, essayer quelques timides observations; mais Olivier, dur pour la première fois de sa vie, lui avait brutalement enjoint de ne pas se préoccuper de ses affaires.
—De sorte, monsieur le conseiller, conclut Cosimo, que je ne sais vraiment que faire et que je ne vois que vous qui puissiez me sortir de mes anxiétés.
—Je ne vois rien à tenter, répondit le magistrat; tâchez seulement d'éloigner votre maître de Paris, ne fût-ce que pour quelques jours.
Cosimo essaya de suivre ce conseil; mal lui en prit.
Un matin, après une nuit d'insomnie et de désespoir, nuit pendant laquelle il avait été vingt fois sur le point de se débarrasser d'une vie qui lui devenait à charge:
—Que je suis donc fou, se dit-il, de me laisser réduire à cet état par mon imagination, pour une jeune fille à laquelle je n'ai jamais adressé la parole, qui ne sait même pas que j'existe, qui en aime peut-être un autre!
Et dire que je ne sais même pas son nom...
Une idée subite traversa son cerveau.
—Mais ce nom, continua-t-il en parlant tout haut, emporté par son délire, ce nom, je puis le savoir; je n'ai qu'à descendre dans la rue, à interroger...
Et sans même prendre le temps de jeter un manteau sur ses épaules, il descendit tout courant.