Le laquais, jugeant le jeune homme sur le costume, le prit pour un serviteur d'une maison voisine.

C'est donc sans façon qu'il accepta un verre de vin que lui offrit Olivier, et qu'ils allèrent boire chez un suisse du voisinage; car à cette époque presque tous les concierges,—pour rien au monde je n'écrirais le mot portier, à cause du mien,—des maisons riches avaient un petit réduit où ils vendaient vin.

Après une conversation insignifiante, dont Olivier se tira assez bien pour n'inspirer aucun soupçon, il se hasarda à demander au domestique, de la voix la plus indifférente qu'il put prendre, le nom de la fille de la maison. Le laquais répondit qu'elle s'appelait Henriette.

C'était tout ce que voulait savoir Olivier. Cette réponse obtenue, il fut sur le point de s'enfuir, la prudence le retint.

Il causa encore pendant quelques minutes de choses et d'autres, et enfin, jugeant avoir assez fait, il paya et regagna précipitamment son logis, le cœur bondissant de joie, plus heureux qu'il ne l'avait été depuis longtemps.

A sa vue, Cosimo ne put retenir une joyeuse exclamation.

Olivier courut à lui, et, le serrant entre ses bras:

—Mon ami, mon vieil ami, mon fidèle, elle se nomme Henriette; je suis le plus heureux des hommes.

—Alors, monsieur, reprit Cosimo, vous vous déciderez peut-être à déjeuner, à prendre au moins quelque chose pour vous donner la force de supporter votre bonheur.

—Tout ce que tu voudras, mon fidèle... Et se parlant à lui-même: Henriette, murmurait-il, fut-il jamais nom plus doux à prononcer... Henriette!