Et ses yeux ne pouvaient se détacher de la jeune fille qui priait avec recueillement. Olivier ne tarda pas à s'assurer qu'Henriette venait ainsi à la messe presque tous les matins.
Il pensa que son bonheur était assuré. Il se répétait cent fois le jour qu'il pourrait, à son gré, voir, admirer celle qui désormais occupait toute sa vie.
Il ne se demandait même pas si Henriette l'avait remarqué.
Et pourtant il en était ainsi. La jeune fille avait ressenti une émotion étrange à la vue de ce jeune homme que, chaque matin, elle rencontrait accoudé à l'un des piliers de l'église. Involontairement son cœur s'était élancé vers lui.
Olivier, il faut le dire, était bien digne de cette sympathie; il avait un de ces visages dont la douceur n'exclut ni la fierté ni l'énergie; une fine moustache noire estompait sa lèvre supérieure, sa joue avait encore le velouté de l'adolescence; enfin, sa pâleur et sa mélancolie donnaient à sa physionomie une ravissante expression, ses yeux grands et expressifs, tour à tour tristes ou rayonnants d'audace, semblaient comme le miroir de cette âme si généreuse et si noble.
Il n'y avait pas à se tromper à ces regards que faisait trembler l'émotion.
Sans doute, Henriette, involontairement, avait fait toutes ces remarques, car la première fois que ses yeux rencontrèrent ceux d'Olivier, elle mit dans son regard les plus exquises caresses d'un chaste amour.
Sous ce regard, le jeune homme chancela. Jamais, dans ses rêves les plus insensés, il n'avait rêvé un pareil bonheur. Il rentra chez lui en disant que désormais il avait assez vécu, qu'il n'avait plus rien à souhaiter sur cette terre.
Ce qui n'empêcha que le lendemain, à l'heure accoutumée, il était accoudé le long d'un des piliers de l'église.
Cette fois, il sortit un peu avant la jeune fille, et, pour la voir passer, il s'arrêta sous le porche.