Henriette l'avait aperçu. Soit émotion, hasard, ou intention presque irréfléchie, elle laissa tomber son livre d'heures. Olivier se précipita, et, ramassant le livre, le rendit à Henriette. Elle pâlit d'une inexprimable émotion; puis, se remettant:
—Merci, monsieur, dit-elle au jeune homme, d'une voix d'or, qui le plongea dans une nouvelle extase.
A dater de cet important épisode de ses amours, chaque matin, à la fin de la messe, Olivier devançait Henriette, et, s'arrêtant près de la porte, il lui offrait respectueusement l'eau bénite. Ils ne s'étaient pas parlé encore, mais ils savaient à n'en pas douter qu'ils s'aimaient.
Ils en avaient une certitude que ne leur eussent pas donnée tous les serments de la terre.
—Il faut oser enfin, se dit Olivier.
Et il écrivit une petite lettre qu'il plia soigneusement, de manière à la réduire au moindre volume possible. Pendant la messe, à un moment où Henriette levait les yeux sur lui, il lui montra le papier qu'il avait gardé à la main.
Elle rougit, baissa les yeux, comme indignée, peut-être l'était-elle réellement, mais à sa sortie, une seconde fois, elle laissa tomber son livre. Olivier le ramassa encore, mais lorsqu'il le lui remit il avait eu le temps d'y glisser le billet.
Elle le remercia froidement et presque sans le regarder.
Olivier se sentit froid au cœur de ce maintien de glace.
—Malheureux! s'écria-t-il, qu'ai-je fait! J'étais heureux et voici que j'ai compromis mon bonheur; ah! s'il en est ainsi, je saurai me punir de ma folie.