Le coup terrible qui me frappe me dessille les yeux et me montre la profondeur de l'abîme où nous courions ensemble; si je dois être unie à vous, Olivier, ce ne sera que du consentement de ma mère. Peut-être entendra-t-elle ma voix, lorsque je lui dirai que pour elle vous seriez un bon fils; mais, quoi qu'elle décide, je lui obéirai. Séparons-nous donc, mon ami, mon frère... Sachons espérer et nous résigner.
Alors elle tendit son front à son amant; Olivier, fou de douleur, y déposa un chaste baiser.
—Adieu, frère, dit-elle encore.
Puis il la vit s'éloigner avant d'avoir pu trouver une parole pour la conjurer de revenir sur sa résolution.
Décidé à lui obéir, pourtant, il songea à quitter cette maison dont un effroyable malheur lui avait ouvert les portes; mais il ne voulut pas s'éloigner, pour toujours peut-être, sans savoir au moins quelques détails du coup qui venait de l'atteindre si cruellement en frappant son amie.
Il résolut, en conséquence, d'attendre dans une des antichambres quelques laquais; mais il voulut avant aller remercier le chevalier de Tancarvel, le rassurer et lui rendre la liberté.
Il le trouva fidèlement debout au même endroit.
—Merci, mon ami, lui dit-il, de votre aide loyale; mais si je suis bien désespéré, au moins je suis rassuré sur les jours de celle que j'aime plus que ma vie.
—Oui, je sais, répondit le chevalier, ce pauvre Hanyvel!...
—Quoi! vous savez...